Asie-sud-est Actualités LES FORÊTS TROPICALES PRISES ENTRE GLOBALISATION ET CHANGEMENT CLIMATIQUE
14 décembre 2011
Une conférence internationale sur les Forêts tropicales prises entre globalisation et changement climatique a réuni 80 scientifiques et intellectuels Malaisiens, Français, et d’autres nationalités à Kuala Lumpur. Elle était organisée par le CIRAD, l’Universiti Putra Malaysia (UPM) avec le soutien de Cultures France (Fonds d’alembert), du Forest Research Institute Malaysia (FRIM) et de la Malaysian Agricultural Economics Association (PETA).
10 conférenciers d’honneurs ont confronté des visions Françaises et Malaisiennes de «comment les sciences sociales peuvent contribuer à faire avancer le débat». Ont été analysées également les positions contradictoires sur les forêts tropicales humides en tant que ressources naturelles primordiales pour les sociétés humaines, mais affectées à la fois par la globalisation économique et le changement climatique lui même. Ces visions ont alimenté un débat passionné entre tous les participants à l’événement, à travers plusieurs sessions thématiques.
À l’heure actuelle, les forêts tropicales, biens publics mondiaux, sont aujourd’hui à la croisée des chemins, et soumises à des pressions croissantes:
En même temps, les forêts tropicales jouent un rôle majeur dans la lutte contre le changement climatique, soit par leur contribution aux émissions ou de stockage de CO2 (déforestation et destruction de tourbières tropicales, et à contrario, politiques de déforestation évités, gestion durable, régulation du commerce des bois tropicaux, etc). Les facteurs qui pèsent le plus sur les futurs possibles des forêts tropicales sont:
Face à toutes ces questions de grandes différences apparaissent selon la position des acteurs. L’Union Européenne entreprend activement une politique d’influence à travers des normes négociées (négociation FLEGT), la France participe activement à la pointe des recherches sur ces questions. Dans le même temps, des pays comme la Malaisie participent aux négociations internationales pour un développement économique, social et politique en harmonie pour la nature, en fonction de ses propres impératifs de développement, de challenge politique de ses propres stratégies industrielles et commerciales.
Cette conférence avait l’ambition d’être une plate-forme d’excellence pour débattre des éclairages que les sciences sociales peuvent apporter à ces positions parfois contradictoires, et les résultats ont été à la hauteur de cette ambition.
La session «globalisation» a montré qu’un consensus existe sur les processus en cours, essentiellement gouverné par les besoins croissants de la fraction urbaine du monde, et spécialement des mégalopoles des pays en développement. Parallèlement les multiples standards environnementaux et d’origine non gouvernementale qui ont vu le jour ces dernières décennies font maintenant partie d’un système complexe d’influences croisées entre Etats, politiques publiques, monde privé et marchés, ou des synergies restent encore à construire, alors que les principales menaces sur les forêts tropicales procèdent de dynamiques économiques et démographiques sur lesquels ces standards ont encore peu de prise.
La session « politiques économiques » a mis en lumière comment les politiques nationales de pays comme la Malaisie ou l’Indonésie subissent puis s’adaptent en quelque sorte au développement de standards et normes internationaux, ainsi que des négociations internationales. En même temps de tels pays ont développé une capacité à «reconceptualiser» ces dynamiques internationales pour les accorder à leurs spécificités locales, parfois afin de les éviter pour mieux répondre aux réalités démographiques, politiques et économiques qui s’imposent en priorité à eux, souvent pour rebondir sur ces challenges pour créer des opportunités de développement économique et des cadres politiques favorables aux forêts tropicales.
La session « culture et communautés » a probablement été celle qui a suscité le plus de débats, car un des conférenciers a montré combien la société Malaisienne est une des rares à intégrer autant la forêt tropicale au sein de ses traditions, qu’elles soient artistiques ou religieuses. Les Malaisiens ont l’impression de vivre ou connaître la forêt tropicale mieux que beaucoup, et perçoivent comme «injustes» les critiques internationales sur leur gestion de la forêt. Les échanges sur les communautés de la forêt ou des petits paysans ont été aussi passionnés, montrant comment les certifications forestières peuvent être utilisées au bénéfice des populations forestières, ou discutant comment la Malaisie pourrait exporter un savoir faire certain en développement et gestion de plantations paysannes de palmier à huile, au lieu de plantations industrielles.