Asie-sud-est Le Cirad en Asie du Sud-Est A propos de l'Asie du Sud-Est
Les pays d'Asie représentent la moitié de la population mondiale, et c'est bien dans cette région du monde qu'il faudra répondre en priorité aux grands enjeux planétaires que sont la sécurité alimentaire et la qualité des aliments, la gestion des ressources naturelles en particulier de l'eau et des sols ou encore l'impact du changement climatique sur des environnements où plus de 75 % des populations sont rurales.
Les deux Directions Régionales du Cirad en Asie du Sud-Est continentale et insulaire couvrent 11 pays constituant un vaste ensemble très hétérogène géographiquement, politiquement, économiquement et culturellement.
Les pays d'Asie du Sud-Est évoluent dans le sillage de deux géants et pays frontaliers que sont l'Inde et surtout la Chine, dont le pouvoir politique et économique s'affirme d'année en année. Ils ont dans l’ensemble remarquablement surmonté les crises financières et économiques de 1997/98 et 2009. La croissance y atteint des niveaux élevés ces dix dernières années, tirée en avant par celle record de la Chine. Cette explosion économique pose pour l'avenir de vraies questions socio-économiques et de politiques publiques liées à une forte migration des campagnes qui se vident au profit de villes de plus en plus démesurées et où il est indispensable de fournir des emplois à une population toujours plus nombreuse et jeune, dont l’espérance de vie s’accroît et qui aspire a une amélioration de son niveau de vie.
Les pays de l’Asie du Sud-est sont essentiellement des pays agricoles conjuguant la finalité première de nourrir leurs populations tout en continuant à jouer au niveau mondial un rôle majeur dans le domaine des cultures pérennes (hévéa, café, cacao, manioc, canne à sucre, fruits...). Après la période coloniale qui s'est imposée à plusieurs pays, les approches de type socialiste (Indonésie) ou collectiviste (Vietnam, Laos) ont été abandonnées au milieu des années 90 ("Doi Moi") et remplacées par un libéralisme socialiste économiquement original. À l'opposé, les modèles libéraux de pays comme la Thaïlande ou de la Malaisie ont été plus efficaces en terme de production et de lutte contre la pauvreté. Ils sont devenus le "modèle économique régional" à suivre même pour des pays officiellement communistes comme le Vietnam ou le Laos, qui ont calqué par ailleurs leur évolution sur le modèle de la Chine. Globalement, les résultats au niveau de la région ont été spectaculaires, la plupart des pays atteignant un bon niveau d’autosuffisance alimentaire et s’imposant même comme des puissances exportatrices sur les marchés régionaux (Myanmar) ou sur le marché mondial (Thaïlande, Indonésie, Vietnam).
Le modèle des grandes plantations issu de l'ère coloniale subsiste encore en Malaisie, Indonésie et Philippines. Mais les grandes plantations ne couvrent qu'une faible partie de l'espace agricole, la petite agriculture familiale restant la règle quasi générale. L’agriculture fixe et fait vivre plus de 75% des populations. L’industrialisation, en commençant bien souvent par l’agroalimentaire, est devenue une nécessité pour ajouter une plus value aux matières premières nationales, mais aussi pour fournir des emplois. Pour les pays émergents la place de l’agriculture dans le PIB régresse tout normalement en proportion inverse de leur développement industriel, comme cela a été le cas pour les pays industrialisés du Nord.
L’agriculture ne pouvant fixer toute la population, les grands pays de l’ASE s’urbanisent de plus en plus avec des flux migratoires de la campagne vers les villes qui engendrent des problèmes nouveaux et à fort impact: pression sur le foncier rural du fait de la progression des villes et du développement industriel au détriment de l’espace rural, aggravation des disparités villes – campagnes en termes de niveau de vie. L’apparition et la croissance de classes moyennes à pouvoir d’achat plus élevé modifient considérablement le comportement alimentaire et l’usage des ressources naturelles de la population citadine, qui est de plus en plus soucieuse de la qualité sanitaire des produits.
Le développement et la forte croissance économique des pays de l’ASE ont été également lourds de conséquence au niveau de l’environnement. Les sollicitations sont fortes pour l’exploitation de la forêt ou l’octroi de concessions à des fins de grandes plantations. La forêt régresse donc et avec elle la biodiversité animale et végétale. Gérés de façon non durable les sols se dégradent. Les zones urbaines et surtout industrielles sont aussi soumises à des pollutions multiples car peu d’attention a été consacré à ces questions avec des législations encore très peu contraignantes en ce domaine.
Même si les cinq dernières années ont amené un recul très net de la pauvreté globale, les travailleurs pauvres des villes et des campagnes restent particulièrement vulnérables.
L’ampleur et la rapidité du développement de l’ASE ont un impact qui dépasse les simples frontières des états, devient régional et peut même influencer l’ensemble de la planète. Récemment la hausse de la demande en matières premières, en provenance d’abord de la Chine et de l’Inde, a entraîné une hausse des prix de celles-ci, en premier lieu ceux du pétrole. Ceci a engendré un regain d'intérêt pour le palmier à huile et les cultures industrielles (canne à sucre, manioc, maïs, jatropha...) qui sont des sources majeures de biocarburants. La récente crise mondiale de la sécurité alimentaire a généré des spéculations considérables en ASE avec pour exemple le riz en Thaïlande et au Vietnam qui sont dans le trio de tête mondial des exportateurs !
L’ASE contribue aussi sensiblement à l’augmentation de l’émission des gaz à effet de serre par son industrialisation accélérée et la croissance générale de ses besoins énergétiques. Ses massifs forestiers qui représentent la troisième superficie mondiale sont de plus en plus menacés. Les conséquences de la déforestation (y compris des zones de mangroves) se font sentir à l’échelon régional et mondial : baisse des ressources en eau ou pollutions, perte de biodiversité, changement climatique. Ainsi, les forêts jouent moins leur rôle de puits de carbone et le phénomène s’accélère. Les incendies de forêt principalement en Indonésie, ou les inondations au Vietnam et Laos deviennent des calamités saisonnières, avec un fort impact régional. Le risque de la montée du niveau de la mer est une menace très forte sur les grandes zones rizicoles de deltas du Mékong ou du Fleuve rouge, véritables greniers du Vietnam!
L’intensification des productions agricoles et animales (élevages de volailles , de porcs et aquaculture notamment), souvent mal contrôlés dans les pays de l’ASE, entraînent aussi une pollution des nappes phréatiques et des fleuves, qui se communique aux zones côtières. De par la grande promiscuité des populations avec les animaux domestiques, le risque d’émergence de maladies nouvelles animales ou/et humaines est particulièrement élevé en Chine d’abord mais aussi dans les pays de l’ASE. La globalisation des économies et les échanges transfrontaliers plus ou moins illicites favorisent la propagation de ces maladies entre les pays. Les cas du SRAS et de la grippe aviaire, mais aussi de la fièvre aphteuse en sont une illustration convaincante.
On doit signaler enfin que la région est soumise aux risques naturels (typhons, inondations, raz de marées). Leur prévention, la mise en place de systèmes d’alerte et d’intervention sont une priorité aussi bien nationale que régionale.
Les pays de l’ASE ont très vite compris qu’éducation et recherche scientifique jouent un rôle moteur indispensable au développement. Singapour est sans conteste le pays le plus avancé en matière de recherche scientifique suivie à une certaine distance par la Malaisie et la Thaïlande. La Thaïlande est un leader incontesté dans la région par le nombre et la qualité de ses universités, mais les autres pays suivent, en faisant de la recherche leur priorité, même s’ils ne sont pas encore en position d’investir vigoureusement dans ce domaine. Dans ce cadre, la recherche agronomique pour le développement rural est la priorité des gouvernements (Cambodge, Laos, Indonésie, Vietnam).
L’effort de recherche agronomique est cependant largement inférieur aux autres continents et principalement confiée à des organismes publics dépendant des ministères de l’agriculture, des forets et quelquefois des pêches (CNRA). Les Universités s’intéressent aussi à la recherche agronomique, certaines d’entre elles étant spécialisées sur l’agriculture et/ou ayant des facultés en sciences agronomiques.
Il n’existe qu’une seule université à vocation régionale, l’AIT (Asian Institute of Technology), basé a Bangkok, qui vient d'obtenir un statut officiel d'organisation internationale.
Par ailleurs la plupart des pays de l’ASEC ont des ressources humaines encore insuffisantes en terme de niveau académique par rapport à leurs besoins en matière de recherche et pour accompagner leur développement.